vendredi 27 novembre 2009

Road test


Il est beau quand il veut mais à mes yeux, y’a rien à faire c’est le plus beau tout le temps.
Il est grand et fort quand il se fouette, mais à mon ventre, il est le plus petit chou du monde.
Il est intelligent et avenant quand il le faut, mais à mon âme, il est plus sensible que l’on ne croit.
J’ai connu avec celui-là l’amour avec un grand A, les peurs les plus sombres et l’abnégation de soi à la puissance dix.


Je fais une des dernières expérience de la vie avec mon Tiku adoré de six pieds, cent quatre-vingt livres d’amour et de rires gras, le test du dernier boutt’ de cordon à couper.
Ce grand coup de ciseau symbolique se veut d’arriver à la date fatidique que j’ai moi-même inscrite au calendrier pour enfin se donner le courage à tous de lever bien haut le pied, le placer au derrière du principal intéressé et de pousser bien fort dans un élan de liberté, pour le premier envol officiel en bas du nid en fermant les yeux, en en ouvrant un seul, puis deux et voir si le vol plané a lieu tout en espérant qu’aucun crash ne survienne …


La grande répétition a lieu maintenant au moment où j’écris ces quelques lignes.
Il a commencé à travailler en cinéma dans le département de la machinisterie cet été et il a dégoté un contrat sur une télé-série tournée au Nouveau-Brunswick pour deux mois aux côtés de son paternel et de ses vieux mononc’ , retour prévu le vingt Décembre. Il est donc absent de la maison depuis la mi-Octobre. Zamouri et moi vivons comme un jeune couple sans enfants, renouant ainsi avec les spontanéités d’après-midi dans le salon et en appréciant une maison toujours à l’ordre dans laquelle il ne manque jamais de lait pour le café …

Mon Tiku ayant hérité de la génétique académique de sa mère, tout ce qui s’appelle maternelle, école, secondaire, aide aux devoirs, classe spéciale, cours d’été, prof privé, ergo, pédo, psycho, weirdotherapeuthe a fait parti de notre quotidien à tous dès son jeune âge de six ans et ce jusqu’à ce que le bout de papier tant convoité arrive à l’âge incertain de dix-huit ans. Il était plus qu’évident qu’on en ferait pas un physicien avec PHD en physique quantique qui ferait des mathématiques pour passer le temps … non …

Il a par contre hérité des talent sociaux de celle-ci, ayant donc tous les dons pour faire le party et aussi un besoin vital de faire parti d’un groupe et d’y compter, la raison pour laquelle il a été (et est encore) tenté par une carrière dans les forces armées ou la GRC , mieux encore, si un miracle arrivait avec ses capacités scolaires, il appliquerait sans penser dans la police mais bon, l’effort mental et intellectuel le faisant saigner des oreilles, sa génétique de « grip » a pris le dessus et force est d’admettre qu’il aime ça et qu’il fitte dans ce cercle autant que les GPS dans les taxis Montréalais.
Sa vie de jeune homme prend des allures de yellow brick road, bien partie, bien rémunérée, pas trop mal entouré,donc, c’est là que le Premier Juillet 2010 entre en scène …

Je dis depuis au moins déjà trois mois à qui veut bien l’entendre que le camion est loué, que la bière est achetée et que la pidz est commandée, qu’il ne reste plus qu’à trouver l’endroit où l’on devra domper les boites et les meubles en espérant que ses amis seront libres cette journée là parce que le deux Juillet 2010, les murs de la cave qui fut son territoire, se feront arracher par mes potes démolitionneurs professionnels dans le dessein d’une chambre immense au sous-sol pour mon Zamouri et moi-même et d’un grand bureau illuminé au rez-de-chaussée dans notre ancienne chambre.
Que de beaux projets !

Je le dis en riant, avec un air de brute sanguinaire et à chaque fois, mon cœur de mère se serre trop fort. Je retiens mes grosses larmes lourdes et j’avale la boule de pétanque qui se loge au fond de mon gorgoton, le sourire carnassier en coin.
Faut ce qui faut.

Le cordon coupé, je deviendrais alors une mère de fin de semaine, une mère dans les durs moments, une mère parfois inquisitrice, pas trop j’espère, une mère pour les grandes oreilles, pour les soupers dominicaux, les cadeaux qui arrivent à point et peut-être un jour une maman qui garde ses petits enfants …

Je garde en tête que je m’ennuie fermement et que j’ai hâte qu’il revienne , que cet ennuie est un test sur ma capacité à dealer le manque qui s’en suit et que sa vie lui appartient entièrement, qu’il en fera ce qu’il veut bien en faire et que je ne serai dorénavant plus celle qui dicte la route mais bien le "rest-area" tant attendu, prometteur de soulagement et de remplissage de panse, toujours là quand on en a besoin.

Une absence comme un road test du futur de ma vie sans mon bébé, mon grand garçon, mon ado boutonneux, mon petit homme et l’homme qu’il sera , grand, fort, beau et bien.
J’espère.

J'espère que je passerai l'épreuve et que j'aurai une bonne note ...

5 commentaires:

Gaudie a dit…

J'ai comme l'impression ma chère Shirly que tu vas te taper une belle note de 100%...pour un parcour sans beaucoup de fautes.
Et que ton Tiku ne te remerciera jamais assez pour tout l'amour que tu lui as donné. J'te l'dis!...et comme j'ai de l'expérience ça ne se discute pas!

mon'oncle ti-guy a dit…

Tellement bien écrit La Shirley, bonne chance à Tiku…

Cannelle a dit…

J'en ai même pas de tiku moi pis je braille là...

Paco a dit…

D'abord, photo trop excellente! Vraiment, chapeau pour la trouvaille! Ensuite, texte très touchant et bourré de sincérité. Tiku ira bien, puiqu'il a eu et aura toujours le seul ingrédient vraiment magique qui l'emporte sur tous les vices, défauts, côtés sombres et tentations de la vie: l'amour. Cet ingrédient SI rare. 100% je te donne déjà. Le reste lui appartient, bon ou mauvais.

Missmckenzie a dit…

Je n'ai pas l'habitude d'être touchée par les mots de papa/maman sur leur progéniture, mais cette fois-ci ton texte m'a touchée droit au coeur.