vendredi 8 janvier 2010

Jen-Jen ou les lois de probabilité


Pas besoin de scoop journalistique pour me faire ouvrir grand les yeux et me faire échapper ma mâchoire sur le sol.
Pour ce faire, j’ai une tendre amie qui pourrait, sans se gêner, se présenter comme étant mon autre sœur, savez , celle qu’on se choisis.
Je vous ai jamais parlé de Jen-Jen ?
C’est qu’avec elle, y’a jamais de « dull moment ». Juste la façon dont on s’est rencontrées ça tient du Fabienne Larouche les cheveux tirés !!!

Elle était l’actrice détenant le rôle principal d’un film écrit et réalisé par ma tatie, j’étais la fille punk et bum de la directrice artistique qui m’avait obligée de venir avec elle à Percé en Gaspésie, histoire de ne pas me laissé seule à faire des pitreries à Montréal. C’est que j’en était capable du haut de mes quatorze ans…
On m’a shippée dans le département costumes où j’ai été très vite happée par le tsunami de job et où, finalement j’ai appris ce que je voulais faire quand je serais grande.

On est devenue amies presque tout de suite, on a passé l’été ensemble, on s’est dit tellement de trucs que s’en était étourdissant et quand est venu le temps des adieux, on a eu le cœur franchement gros, nos petits papiers avec des coordonnées à la main à échanger, pas de cell, pas de Facebook, pas de e-mails … C’était une autre époque.

Retour à l’école en Septembre, je n’avais pas eu de nouvelles d’elle, j’avais appelé pourtant mais je tombais sur une série de bips tous plus décevants les uns que les autres . Et par un bel après-midi de début des classes, dans le cours de français de Monsieur Pinson, je m’installe au pupitre double où je trouve mon nom inscrit à la main sur un carton, dépose mon cul sur la chaise et lit nonchalamment le nom sur l’autre carton et les fils se touchent !!! Impossible !!! Noooooooon !!! Et ben oui, puis elle entra dans la classe. C’est sans blague un des beaux moments de ma vie. Le hasard me remettait cette fille sur mon chemin ! Merci encore hein ?!?

Le silence radio fut expliqué par une situation familiale de marde, des chamboulements de marde, un déménagement de marde qui l’a fait atterrir dans cette école à la dernière minute. C’est qu’elle n’a pas été gâtée côté Clan familial ma Jen-Jen.
En gros on ne s’est plus lâchée, tellement que ma Titemère avait même cru bon essayer d’engager un dialogue sur la sexualité des jeunes filles et ceci et cela et ben non Mom, je suis pas lesbienne et ça va et merci de t’inquiéter, on fait dodo ensemble et c’est tout. Ah d’accord, ok. Cinq années d’osmose pure que même les amoureux ne pouvaient pas perturber. Puis par un quiproquo étrange devenu franchement nébuleux au fil des ans, on s’est éloignées, on ne s’est plus vues, on s’est perdues.

Durs temps et passages douloureux de début de vie adulte, chacune à nos petites malédictions, gérées séparément, nous avons perdu pour un instant trop long mais obligatoire, cette synergie amicale qui nous rendait invincibles.
Encore à ce jour, je me souviens avoir attrapé le téléfon et avoir dit dans un fouilli Defunesien à la vitesse de la lumière que j’étais enceinte et que franchement, fallait qu’on se revoit quand j’aurai pondu mon gros œuf, que ça ne pouvait plus durer.

Le reste c’est de l’histoire, c’est la seule qui a pu garder mon poussin quand il était à peine sorti de mon antre et qu’il fallait aller gagner sa criss de croute miséreuse d’artisanne, on a travaillé en tandem pendant un sacré bout de temps, elle a pondu une merveilleuse poussinette aussi, elle sait tout de moi, je ne sais jamais tout d’elle puisque sa vie est un tourbillon, il faudrait la mettre sur Twitter, elle a tout lâché pour faire honneur à son intelligence et à son intellect qu’elle ne bichonnait pas assez. Retour à l’école, école buissonnière sur les plateaux de tournage une fois de temps en temps, question de renflouer les coffres un peu et yeuter les beaux techs tout en râclant des épluchures et des miettes d’amour troués et de mauvaise qualité par-ci par-là.

C’est qu’elle a tout appris seule. Pas de parents talentueux au partage du savoir, de l’affection et de la responsabilité. Deux êtres pas fait pour parenter, du tout.
C’est pourquoi cette fille reste un mystère de force, de courage et de bravoure à mes yeux. Jamais vu ça ! Elle a essuyé toutes les tempêtes, a crier à l’aide doucement, s’est prise en main, s’est écorché l’âme et les jointures, s’est encore relevée, a élevée sa fille avec brio, seule ou presque, sans jamais avoir eu une once d’exemples à suivre et je vous jure que le résultat est fouettant de réussite et de beauté.

Dans les 18 dernières années, je lui ai connu des histoires de cœur et de fesses brumeuses, un chum qui a mérité ce nom mais pas longtemps et pour le côté médical de la chose, les volontaires étaient nombreux mais jamais assez percutants pour qu’on ne s’y intéresse plus que ça. J’avais peur qu’elle se désincarne. L’amour de ses amies de filles transies valait bien pour la camaraderie et ses bienfaits mais les bras d’un homme qui est là, « toute là », ça ne se remplace pas par la compassions ni les fous rires de femelles, aussi sincères soient-ils.

Puis le miracle à quarante-deux ans … Un homme bon, bien, bouillonnant d’amour avec un grand A, se faufile dans sa vie et se fait aimer d’elle « pour-de-vrai », elle balbutie de passion et fait des bulles, s’habitue à l’inconnu de sentiments mutuels et partagés et m’annonce comme on annoncerait une nouvelle couleur de vernis à ongle qu’elle se marie cet été et que par la même occasion je serais de nouveau Tatie …

Que c’est un « stérilet-mal-function » batailleur !
Qu’on peut pas abjurer un tel entêtement à vouloir vivre !
Que sa grande fille de 18 ans ne se comprend plus de joie !
Que Monsieur son futur mari a de la misère à respirer tant il frôle le nirvanah !
Que toutes les lois de probabilité qu’un truc du genre arrive sont chavirées …
Que …
Que je braille comme une grosse gourde parce que mon amie merveilleuse réussis encore à m’ébahir par sa résilience et son appétit de la vie.
Je ne la vois pas assez. La vie va trop vite.
Never. A. Dull. Moment. J’ai dis !

11 commentaires:

Hispong Elbayne a dit…

Super beau texte, vraiment!

Delphine Gélinas a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Delphine Gélinas a dit…

J'en reviens tellement pas, c'est comme un miracle...Elle est encore plus belle à mes yeux sauf que je l'ai même pas encore vu depuis!!!...Je veux la voir!!!

Vive les amies, BRAVO!

Aimée a dit…

J'adore quand tu rends hommage aux gens que tu connais, c'est si touchant et criant de vérité... Ça donne envie de te connaître et d'être apprécié par toi! :)

LeDZ a dit…

Je suis totalement du même avis que Aimée !

Gaudie a dit…

Moi je la connais Jen-Jen et je vous dis: ce que Shirley raconte c'est vrais, et dans mon coeur c'est ma troisième fille...je les voient encore ces deux là à quatorze ans, tout un duo!

Émilie G a dit…

Wowwwww c'est donc ben beau tout ça.........

Anonyme a dit…

J'te dit que s'est prenant c'que tu écrit mon ami! bouge pas je m'essuie les yeux... ... un ben belle histoire de courage et de ténacité digne de se comparée au livre un belle exemple de: courage et de tenacitée de Louis Pasteur!
Continu S.V.P.!
RB salsero

vanessa a dit…

c'est une belle histoire d'amitié

Paco a dit…

Maudit. Tu vas me faire brailler!

Djouly Del'Haval a dit…

Qu'est ce que tu écris bien!
C'est un bonheur de faire partie de ta vie!
L'amitié est une chose si importante sans elle on est perdu et la tienne est infiniment précieuse.
Merci!!!