samedi 23 janvier 2010

Anecdote # 173 Cinéma Québécois

À force de se les faire raconter par les vieux, comme des légendes venues du temps des sorciers et des lutins dans la forêt magique, les anecdotes de plateau de cinéma ont pris de drôles de tournures
On les a cataloguées, mon ancienne assistante et moi-même, vu que je m’étais investie d’une mission, celle de ne jamais laisser une histoire comique et farfelue tomber dans l’oubli ! Sauf qu’à force de m'entendre répéter, Maïmo, patiente comme avec une vieille tante gâteuse, soulignait au début du récit, le numéro de classement de l’histoire en question pour se situer dans le temps et pour confirmer qu’elle l’avait déjà entendue 3000 fois.

Il est de ces figures mythiques dans le milieu des techniciens qui ont dit, qui ont fait, qui ont inventé des choses incroyables. Il est de ces histoires qui font encore pleurer, d’autres tellement absurdes qu’elles semblent inventées de A à Z mais pourtant …
Le seul hic, c’est que presque tous les gens qui font partie de la légende sont encore vivants et savent lire. Devrais-je les écrire ici ??? Bof …
Oh et puis zut hein …
Si c’est trop croustillant je changerai les noms et j’installerai un engin qui change les voix et je mettrai des rectangles noirs sur les yeux et tout et tout …

L’anecdote # 173 :

Dans les chics années 80, le merveilleux monde du cinéma peuplé de drop-outs sympathiques et de débrouillards 50 de tout acabit ne fait pas exception à la mode de la prise de drogues illicites en milieu de travail, les vendeurs de cocaïne roulent en Camaro et les passeurs en Corvette noires et or tout en tirant du câble électrique et en installant des tracks de dolly pour les mouvements de caméra. Tech le jour, Pusher la nuit,Bourlingieurs la fin de semaine. Le Clan le plus connu de l’époque a été baptisé par un Directeur photo talentueux et reconnu comme étant la Clique du Verdun-School-of-Cinematography . On s’entend que Verdun n’a pas d’école de cinématographie hein … On s’entend. Mais son lot de malins et de futés par contre …

D’électriciens à éclairagistes, le pas est grand mais jamais trop pour ces 6 dégourdis au passé louche et au patois généreux, aux sphincters cervicaux lousses et aux us de Viking : Travaille fort, parle fort, ris fort, boit fort, fume fort, sniffe fort,fourre fort, tombe sans connaissance la nuit venue !!! Mullet et moustaches, posters de filles tout nues dans le truck, la biere au frett ! Bref, des vrais de vrais !!!

Donc, il fallait aller vite sur cette fin de tournage Américain qui se faisait avec des collègues d’ici et d’ailleurs mais ce n’était pas toujours juste de pousser dans le dos de certains qui devaient courir avec des lumières grosses comme un divan surtout quand la course se faisait contre le ciel qui noircissait à vue d’œil, de là la patience qui rapetissait elle aussi, à vue d’œil …

Quand, dans son escabeau haut perché, ne tenant surement pas un fromage, un des électros du VSoC* a entendu le Réalisateur s’énerver et crier -«Come on, quick, quick, we’re loosing the light !!! » il a répondu au Directeur de la photographie de toute la force de ses cordes vocales usées par le scotch –« Tu y diras à ton Esti de Face de Restant de Table qui farme sa yeule pis que si y trouve que ça va pas assez vite, qu’y vienne nous aider Tabarnak ! »

(Dire la phrase dans sa tête en roulant farouchement les R sur un ton très agressif).


Le réalisateur sentant que quelque chose se tramait demanda au Directeur de la Photographie ce que le bougre avait dit et celui-ci de répondre que tout allait bien.
Mais il demanda tout de même ce que voulais dire Fast Rest Temptable …
Le DP a répondu que c’était un terme électrique qui expliquait le temps pris pour que la lumière soit à son paroxysme de force et ce, sans rire …
L’autre dans son escabeau parlait Anglais comme une vache Espagnole et n’a rien vu passer. On lui a répété plus tard, il s’en est pissé dessus de rire !

C’est devenu un « nouveau terme » d’électros dans la lignée des coups chiens à faire aux débutants, au même titre que les Va-me-chercher-les « steam-bucket » , les « sky-hooks » et les « Invisible-spray », utilisé aussi pour gagner quelques minutes pour un autre département en attendant le Fast Rest Temptable. Je sais que l’électro a sévi dans l’expression surréelle depuis mais la dernière fois que je l’ai entendu c’est sur un film Canadien avec un réalisateur tout aussi en colère mais moins curieux que l’Autre et qui a fait fi de la traduction mensongère jadis inventée. On l’a juste traité de Face de restant de table dans son dos pour le reste du tournage, il ne vallait pas la peine qu’on se torde en huit pour raconter l’anecdote # 173 …

Et l’électro est depuis devenu un Chef éclairagiste (Gaffer en english) respecté et a laissé sa trace dans l’imaginaire collectif des techs avec ses expressions colorées et ses délinquanteries folichonnes mais ça, c’est d’autres numéros et ça viendra bien assez vite !


* Verdun-School-of-Cinematography

3 commentaires:

V a dit…

super anecdote! :)
Mais quel est le film d'Altman tourné ici?

gaudie a dit…

C'est comme si j'y étais!!!!!!

Le bourdon chapardeur a dit…

aaaaaaaaaaaah!!!

J'adore!!!