dimanche 16 mai 2010

Poétique piton

Pas un technicien de cinéma n’a été épargné ou presque ! Seul les maquilleurs-ses et les coiffeurs-ses résistent ! Tous les techniciens de cinéma qui ont la malchance de porter sur eux en tout temps ce qu’on appelle tendrement un « walkie » se sont fait prendre le clapet bien ouvert…

J’explique.
C’est qu’on couvre beaucoup de terrain ! Et depuis que la technologie est accessible et franchement rentable de par l’économie de pas inutiles et des réponses à nos questions à la vitesse d’un clic, les productions se munissent systématiquement de ces outils du Diable, pratiques mais lourds et chiants ! Merci !

Je vous rappelle que la structure d’un plateau est belle et bien inspirée des structures de champs de bataille de l’armée Américaine alors les walkie-talkie , les camps de base, les codes de lettres et des chiffres sur les claquettes ainsi que les hiérarchies ressemblent assez clairement à une préparation d’embarquement pour que l’on envahisse soit une rue tranquille de banlieue ou un aéroport ou encore une branche d’autoroute et que l’on disparaisse sans laisser de trace de notre passage la fin du tournage venu … Ça ne se passe pas toujours sans heurt, y’a des colons mal élevés partout qui se croient tout permis et je vous promets que ce ne sont pas mes amis !

Pour mettre les novices au courant et rafraichir la mémoire des vieux de la veille, on utilise tous les codes connus, justement le REÇU ou COPY ou encore 10-4 qui égale un OK, on demande rarement l’emplacement des gens sur le plateau, on leur demande plutôt c’est quoi leur 20 et je vous l’annonce en grand; la réponse n’est pas « ICI » le plateau étant vaste comme le Stade Olympique il est préférable de préciser e-xac-te-ment l’endroit où vous niaiser au risque de faire rire de vous, si vous avez des besoins naturels urgents, pas besoin d’en parler à tout le monde, vous n’avez qu’à rappeler que vous êtes sur un 10-1, c’est le seul temps où l’on vous fout la paix pour au moins 6 minutes complètes. Je pourrais continuer comme ça pour 8 chapitres, j’arrête ici, le but étant ici de vous faire savoir que le walkie n’a pas que des bons côtés !

L’engin de la mort appelé communément « speaker-mike » qui est relié au « walkie » s’accroche à notre cou sur une corde prévu à cet effet ou à l’encolure de notre t-shirt tout étiré et a un joli piton discret et fragile sur le côté sur lequel on pousse avant de jaser. Dans l’exécution de leur labeur, les techs ont tous un ti-quequ’chose à transporter, un manteau à déziper, une ceinture de voiture à attacher, un gros câlin à donner ou encore une porte à ouvrir en faisant douze autres affaires en même temps, ce qui parfois, fait que le fameux piton sur lequel il pèse bien fort pour parler ou répondre reste coincé et laisse alors le microphone en marche et nous laisse donc entendre toutes leurs conversations à leurs insu, leurs respiration saccadées dues à l’effort ou encore une interprétation personnelle de la dernière toune de Lady Gaga revu et corrigée par le tech inspiré se croyant seul . Pendant ce temps, le reste des potes sur la même fréquence se tapent un buzzz insistant et désagréable à souhait ou, Ô délice, des bribes de phrases odieuses et poétiques absolument pas destinées à être entendues par le reste du groupe …

Quelques exemples ? Voici voilà …

Une habilleuse et un électro bien connu pour être tarla mais franchement adorable, assis dans un sofa des décors, l’un demandant sans vergogne à l’autre si elle aime ça dans l’cul et l’autre de répondre seulement si c’est devant 12 personnes déguisées en clown maudit niaiseux et ce sur la fréquence UN, celle du Major Payne en chef qui lui, se tape cette jolie conversation pendant qu’il essais de mettre la scène en place … Autant dire que la boutade –« PITOOOOON COLLÉ!!! » hurlé dans l’émetteur suite à ce quatrain subtil met du rouge aux joues des deux protagonistes qui se dépêchent à décoincer le mausus de piton en question. Malaise …

Un machiniste exaspéré par son patron qui ne lui laisse aucun répit et qui demande un truc-machin expressément au moment où celui-ci lève les bras pour empissetter un tuyau dans un autre en vue de monter un échafaudage qui servira à juquer l’équipe caméra et leur bardas se laisse aller à une jolie prose du style caliss-de-tabarnak-y-vas-tu-me-câlisser-patience-c’te-gros-criss-d’énarvé-là-simonac juste au moment où son biceps presse le piton contre son t-shirt par inadvertance et ce, juste à l’instant où le dit gros-criss-d’énarvé-là a son walkie ouvert à l’autre bout du décor … Il y aura eu quelques échanges postillonnants suite à ce fâcheux évènement ai-je besoin de le dire … Malaise …

J’ai aussi en tête une assistante à la réalisation à boutt’ d’une actrice d’ici qui avait la grosse tête et les demandes un ti peu trop farfelues pour le film que l’on faisait à l’époque qui devait aller voir l’emmerdeuse et lui demander ce qu’elle voulait pour manger, madame ayant décider de ne pas se mêler à la plèbe sur l’heure sacré du lunch. La pauvre assistante arrivant à la porte de sa roulotte met sa main au cadre de porte et par le fait même appuit sur son sacré piton juste au moment où l’actrice se met à vociférer des horreurs sur le compte de l’habilleuse en disant qu’elle ne voulait pas être dérangée pour des essayages, qu’elle avait des émotions à gérer, elle, et non pas seulement des chemises à repasser … l’habilleuse étant l’heureuse propriétaire d’un walkie a tout entendu et a soudainement décidé de ne plus repasser aucun costume de la grosse vache folle et méprisante. Fin de l’histoire … Malaise …

La liste est sans fin, les malaises ou les rigolades de qualité et les quiproquos savoureux et personne n’est épargné, imaginez deux minutes les histoires rocambolesques de micro-cravate sans-fils que l’on pose sur les acteurs et les actrices pour la prise de son et vous avez un ouvrage de 50 tomes reliés en 10 manuscrits lourds et encombrants mais tellement poétiques !

Je sens que j’écrirais un livre la dessus sans effort …

5 commentaires:

Hispong Elbayne a dit…

Je sens que j’écrirais un livre la dessus sans effort

Et pourquoi pas? T'aurais juste à changer les noms!

2LayerCake a dit…

ok la Chérie je me suis pissé dessus en te lisant

oupsssss j'ai le piton collé
je retourne au plateau il foutu le bordel dans ma location
d'un location on set crampé

je t'Adore
xxxx

Karljessy

Gaudie a dit…

Voilà la raison pour laquelle je n'aime pas les portables et autres rapporteurs sonores...ce serait vraiment mon genre de m'accrocher dans l'piton à longueur de journée!
Et je n'ose pas imaginer toute les niaiseries que je pourrais dire...Ma Shirley, tu nous fais bien rigoler!

Aimée V. a dit…

J'ai déjà un professeur d'université qui est allé aux toilettes avec son micro ouvert... Je vous laisse imaginer le tableau...
Maudit Shirley, ça faisait longtemps que j'étais pas venue te voir et je me suis ennuyée! :)

linerouge a dit…

Su tu l'écris je le lis.